vendredi 12 juin 2009
Smith avait compris comment les salaires sont déterminés
mercredi 19 novembre 2008
Let Detroit Go Bankrupt!
Et un blog intéressant, sur l'industrie automobile sans les constructeurs américains.
mercredi 22 octobre 2008
Le mythe des retombées économiques
Un des mythes les plus enracinés dans la population concerne le bienfait économique des guerres. Après tout, le plein-emploi du milieu des années 1940 a suivi la Grande dépression des années 1930. Que faut-il en penser ?
Cet argument est celui des retombées économiques et il est généralement fallacieux. Toute dépense des gouvernements génère des retombées : en effet, si le gouvernement me donne 100 $, j'en dépense une partie. Quelqu'un d'autre recevra donc de l'argent et dépensera plus, etc.. C'est d'ailleurs le principe du multiplicateur, que l'on examinera dans le prochain chapitre. Le gouvernement devrait-il alors dépenser le plus possible pour augmenter la richesse collective ? La plupart des économistes répondraient sans doute "non", car il y a un coût d'opportunité à chacune des dépenses du gouvernement : éventuellement, quelqu'un devra payer pour ces dépenses, sous forme de taxes et d'impôts. En effet, les recettes fiscales proviennent de nos poches. Elles réduisent le revenu disponible des ménages et les dépenses privées. Si les dépenses du gouvernement représentent un fort pourcentage du PIB, les dépenses privées n'en seront que plus faibles.
Les guerres sont-elles bénéfiques pour l'économie ? Si le PIB réel canadien a fortement augmenté entre 1914 et 1918, puis entre 1940 et 1945, c'est parce que le gouvernement a augmenté ses dépenses sans augmenter les taxes. Il a donc diminué son épargne (T - G) et son solde budgétaire. Autrement dit, il a augmenté ses dépenses et remis l'augmentation des impôts à plus tard. Une telle politique stimule l'économie à court terme, mais quelqu'un devra payer un jour pour cette hausse des dépenses. À titre d'exemple, le ratio (dette fédérale / PIB) était d'environ 125 % en 1946, suite à la Seconde guerre mondiale : la génération d'après 1945 a été lourdement taxée en raison de l'endettement du gouvernement.
La conclusion est claire : à chaque fois que le gouvernement envisage de nouvelles dépenses, on devrait se demander si la valeur des ressources utilisées est inférieure ou supérieure à la valeur de ce qu'il produit. Un programme par lequel le gouvernement embauche la moitié des chômeurs pour creuser un immense trou, et l'autre moitié pour le remplir, sans augmenter tout de suite les impôts, fait augmenter la demande agrégée et le PIB. Même chose pour une guerre. Mais ces dépenses ne produisent rien d'utile. D'un autre côté, des dépenses publiques en infrastructures, en éducation, en recherche et développement auraient le même impact sur le PIB, tout en augmentant la productivité et le niveau de vie à long terme. Même chose pour une réduction des impôts. Et ces derniers choix augmentent le bien-être, ce qui n'est pas le cas de la guerre.
samedi 6 septembre 2008
L'économie US est-elle en récession ?


On entend (ou on lit) ces jours-ci des commentaires contradictoires sur l'état de l'économie US. Est-elle ou non en récession ?
Rappelons la définition habituelle d'une récession : une période d'au moins 2 trimestres d'affilé avec une croissance négative du PIB réel.
Même si elle est anémique, la croissance est légèrement positive jusqu'à date. Regardez le graphique ci-haut, tiré de la revue National Economic Trends, de la Fed de St-Louis d'août 2008. Remarquons qu'il est possible que la croissance soit négative au 3e trimestre (qui commençait le 1er juillet), ainsi qu'au trimestre suivant, mais on n'a pas encore les chiffres. Donc, ils sont peut-être en récession, mais on ne le saura qu'à l'hiver.
Dans les faits, les économies européennes semblent plus mal en point que l'économie américaine. Voir à ce propos le tableau , tiré de la revue The Economist du 6 septembre 2008. On y voit, en haut et à gauche, que la croissance du dernier trimestre dans la zone euro est négative.
Notons aussi que, en raison de la croissance naturelle de la main-d'oeuvre et de celle de la productivité, dès que la croissance économique tombe sous un certain niveau (au Canada, environ 2,5 % en moyenne), le taux de chômage augmente, même si la croissance reste positive. Un taux de chômage à la hausse n'est donc pas nécessairement l'indice d'une récession.
mardi 19 août 2008
La balance du compte courant
Voici un ajout à la seconde édition de Mankiw/Belzile, en préparation. Il porte sur le compte courant.
Les sorties nettes de capitaux (SNC) représentent la différence entre la valeur en dollars des actifs étrangers achetés par les résidents nationaux et la valeur en dollars des actifs nationaux achetés par les étrangers. Ainsi, lorsqu'un Mexicain dépense 100$ pour acheter 10 actions de la société Tim Hortons (à 10$ par action), il se produit une entrée de capitaux financiers de 100$ au Canada. Lorsqu'un Canadien dépense 160$ pour acheter 40 actions de Telmex, la société mexicaine de téléphone (à 4$ par action), il y a plutôt une sortie de capitaux de 160$ du Canada. L'effet net de ces deux transactions est une sortie nette de capitaux de 60$.
Une autre paire de flux financiers sera éventuellement associée à ces deux transactions portant sur des actions. Plus tard, Tim Hortons paiera sans doute des dividendes au Mexicain qui a acheté 10 de ses actions. Supposons que le dividende représente 3 pourcent du prix des actions : le paiement des dividendes provoquera une sortie future de capitaux financiers de 0.30$ par action, ou 3$ au total. De la même façon, il est possible que Telmex verse un dividende au Canadien qui a acheté de ses actions. Supposons un dividende de 5% : le Canadien recevra alors 0.20$ par action ou un total de 8$. Ces deux paiements (par Tim Hortons et Telmex) résulteront en une entrée nette de dividendes de 5$. D'autres transactions peuvent aussi se dérouler, par exemple des achats et des ventes d'obligations. Ces échanges mèneront plus tard à des paiements d'intérêt.
Nous tenons compte des achats d'actions (qui dans notre exemple résultent en une sortie nette de capitaux de 60$) dans notre mesure de la sortie nette de capitaux (SNC). Mais comment tenir compte des flux de capitaux financiers résultant des paiements de dividendes futurs ? Même chose pour les achats d'obligations : nous en tenons compte dans la sortie nette de capitaux, mais que faire avec les flux de capitaux financiers résultant des paiements d'intérêt futurs ?
La réponse est simple : ils sont mesurés dans la balance du compte courant. On définit la balance du compte courant ainsi :
Balance du compte courant = Exportations nettes + Entrée nette de dividendes et d'intérêts
Ainsi, la balance du compte courant mesure les paiements reçus de l'étranger en échange de biens et de services (incluant les intérêts et les dividendes) moins les paiements analogues faits aux étrangers. Nous avons déjà discuté de la partie la plus importante du compte courant, lorsque nous avons abordé les exportations, les importations et les exportations nettes. Nous n'avions cependant pas discuté explicitement des flux nets de dividendes et d'intérêts, et ce pour deux raisons. Premièrement, ils sont petits lorsqu'on les compare aux sorties nettes de capitaux qui sont à leur origine (dans notre exemple précédent, la sortie nette de capitaux de 60$ produit une entrée nette de dividendes future de seulement 5$). Deuxièmement, parce que le flux de paiements de dividendes et d'intérêts ne se produit que plus tard et continue pour plusieurs périodes (tant que le Canadien possède les actions de Telmex et que le Mexicain possède celles de Tim Hortons), l'analyse des effets d'événements qui peuvent créer une sortie nette de capitaux s'en trouve compliquée. Pour ces raisons, la deuxième partie de la balance du compte courant est souvent ignorée dans l'analyse de base des économies ouvertes. Notons cependant que, dans la figure 12.1, les recettes d'intérêt et de dividendes ont été incluses dans les exportations, alors que les paiements d'intérêt et de dividendes ont été inclus dans les exportations.
Les étudiants plus « allumés » auront peut-être d'ailleurs remarqué que la différence entre le PIB et le PNB tient justement dans les paiements internationaux d'intérêts et de dividendes. Pour calculer le PNB, on part du PIB et l'on soustrait les revenus versés à des non-résidents, puis l'on ajoute la valeur des revenus provenant de l'étranger et reçus par les résidents canadiens. En fait, lorsque l'on utilise le concept de PNB, le compte courant est par définition égal aux exportations nettes.
samedi 26 juillet 2008
Bombardier et les subventions aux entreprises
Voici un commentaire que j'ai ajouté au fil de discussion :
Selon JNH, "En effet, ces subventions sont nécessaires. Aucune, je dis bien aucune industrie de la taille de Bombardier dans le domaine aéronautique ne peut se vanter de réussir sans subventions. Aux États-Unis, Boeing reçoit ses subventions sous forme de contrat de R&D militaire." Et selon Richard, "La plupart des autres constructeurs aéronautiques (Boeing, Airbus, Sukhoi..) dépendent des juteux contrats militaires pour rentabiliser leur branche commerciale, ce que Bombardier ne peut profiter (sic) de par l’absence d’une armée de l’air avec des poches sans fond...".
En fait, les subventions militaires n'ont pas grand chose à voir avec la concurrence en aviation civile. À moins que la recherche militaire subventionnée ne soit directement utilisable au civil par l'entreprise, les profits d'une branche militaire n'ont pas d'impact sur les profits de la branche civile. Comment pourrait-on comprendre qu'une firme qui fait, disons, 5 milliards en profits militaires, choisisse de perdre de l'argent dans le domaine civil ? C'est un peu comme si Toyota décidait que, comme elle fait des profits avec la production de voitures, elle va maintenant commencer à produire en plus des bicyclettes, alors qu'elle est certaine de perdre de l'argent éternellement dans ce domaine. Je ne pense pas que les actionnaires soient ravis de cette possibilité.
Le bottom line est simple : on produit des avions civils si c'est rentable, donc si la valeur des avions est supérieure à la valeur des ressources qu'on y consacre. Si la seule façon de le faire, c'est grâce à des subventions, on est en train de détruire de la valeur. On n'est certainement pas en train de devenir plus prospères... (sauf les actionnaires subventionnés de Bombardier).
Finalement, un mot sur la possibilité que la recherche militaire, de Boeing par exemple, ait pour effet de baisser ses coûts de production d'avions civils. Dans ce cas, on a affaire à une externalité de production positive : il est moins coûteux de produire deux types de biens qu'un seul. Pierre Lemieux m'a fait remarquer, de façon très juste à mon avis, que Boeing serait dans ce cas plus efficient et produirait des avions civils avec moins de ressources que Bombardier. La logique de l'avantage comparatif nous amène à une conclusion claire : que Bombardier aille faire autre chose.
mercredi 9 juillet 2008
À mort les cartels ? OK, mais tous ! (La Presse, 11 juillet 2008)
Un cartel est un regroupement de producteurs qui s’entendent pour maintenir les prix élevés, en réduisant la concurrence. Ceci peut leur permettre d’augmenter leurs profits en émulant le comportement d’un monopole. Notons qu’un monopole et un cartel (qui fonctionne), c’est du pareil au même. Les deux conduisent à une réduction de la production et à une hausse des prix.
Évidemment, on a pu voir le public s’émouvoir d’un tel comportement chez les détaillants d’essence et réclamer plus de vigilance de la part du gouvernement, ainsi que des pénalités exemplaires pour les coupables. À raison, car la concurrence est essentielle au bon fonctionnement du marché.
Il y a, en fait, deux façons pour des producteurs d’obtenir moins de concurrence et plus de profits. Premièrement, ils peuvent tenter de former un cartel. Mais c’est compliqué, car les cartels sont instables et ... illégaux. En effet, une fois le cartel formé, chacun a intérêt à tricher, en profitant de la réduction de la concurrence des autres pour augmenter la sienne. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les entreprises fautives dans le domaine de l’essence se situent là où le nombre de concurrents est faible : il est plus facile de s’entendre à cinq, en région, qu’à mille à Montréal. Et il y a toujours le danger de se faire prendre la main dans le sac.
Deuxièmement, les firmes peuvent former une association, financée par ses membres, qui fera du lobbying, afin d'obtenir une loi qui contraindra tout le monde à réduire la concurrence. D'où les lois sur la gestion de l’offre en agriculture. La gestion de l’offre, c’est très simple : pour produire un bien, le lait par exemple, il faut détenir un permis. On limite le nombre de permis, ce qui réduit la production et permet de maintenir des prix élevés. Comme le gouvernement impose lui-même le système des quotas, par la coercition, tout est réglé.
Il est particulièrement cocasse de voir que les entreprises pétrolières accusées d’avoir formé un cartel auraient tout simplement dû s’associer pour demander au gouvernement un prix minimum de l’essence. Elles auraient ainsi obtenu, légalement, ce qu’elles tentaient d’avoir par la dissimulation. Ah, mais j’oubliais ! Le prix minimum de l’essence existe déjà au Québec…
Bizarre tout de même, la myopie dont nous faisons preuve face au gouvernement. Les gouvernements sont, en fait, la plus importante source de monopoles et de cartels dans l’économie.
Allons-y avec les cas les plus flagrants de création et de maintien de cartels (et d’arrangements qui aboutissent au même résultat) par les gouvernements : le cartel des producteurs de lait, celui du sirop d’érable, des œufs, de la volaille (limitation de la production par l’émission de quotas), le cartel du taxi (limitation du nombre de permis), les cartes de « compétence » dans les métiers de la construction et les autres cartels syndicaux, etc.. Et tous les secteurs protégés par des politiques commerciales protectionnistes. Finalement, n’oublions pas les monopoles créés par la législation : alcool, électricité, jeux.
Surprise : le gouvernement, par ses lois et règlements, est responsable de la création et du maintien des plus importants cartels dans l'économie. Et d’une importante perte de bien-être pour les consommateurs. Nous devrions donc nous réjouir, et non pas nous inquiéter, devant la possibilité de disparition des cartels agricoles.
