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vendredi 12 juin 2009
Smith avait compris comment les salaires sont déterminés
Quoiqu'en disent les promoteurs de l'équité salariale, un salaire "juste" n'existe pas. Un salaire est un prix et sa fonction est d'équilibrer l'offre et la demande dans un marché. Un bel exemple, venant de l'Australie : http://www.strategypage.com/htmw/htsub/articles/20090609.aspx
samedi 26 juillet 2008
Bombardier et les subventions aux entreprises
À partir d'un très bon texte de Pierre Lemieux sur les subventions à Bombardier, allez voir le débat intéressant qui suit sur les effets de telles politiques. Particulièrement, les commentaires de David. Tout cela nous ramène à Frédéric Bastiat (1801-185), qui a abondamment discuté de "ce que l'on voit et ce que l'on ne voit pas". Plusieurs de ses textes peuvent éclairer ce débat sur l'utilité de subventionner une activité, dont Les travaux publics et Un profit contre deux pertes.
Voici un commentaire que j'ai ajouté au fil de discussion :
Selon JNH, "En effet, ces subventions sont nécessaires. Aucune, je dis bien aucune industrie de la taille de Bombardier dans le domaine aéronautique ne peut se vanter de réussir sans subventions. Aux États-Unis, Boeing reçoit ses subventions sous forme de contrat de R&D militaire." Et selon Richard, "La plupart des autres constructeurs aéronautiques (Boeing, Airbus, Sukhoi..) dépendent des juteux contrats militaires pour rentabiliser leur branche commerciale, ce que Bombardier ne peut profiter (sic) de par l’absence d’une armée de l’air avec des poches sans fond...".
En fait, les subventions militaires n'ont pas grand chose à voir avec la concurrence en aviation civile. À moins que la recherche militaire subventionnée ne soit directement utilisable au civil par l'entreprise, les profits d'une branche militaire n'ont pas d'impact sur les profits de la branche civile. Comment pourrait-on comprendre qu'une firme qui fait, disons, 5 milliards en profits militaires, choisisse de perdre de l'argent dans le domaine civil ? C'est un peu comme si Toyota décidait que, comme elle fait des profits avec la production de voitures, elle va maintenant commencer à produire en plus des bicyclettes, alors qu'elle est certaine de perdre de l'argent éternellement dans ce domaine. Je ne pense pas que les actionnaires soient ravis de cette possibilité.
Le bottom line est simple : on produit des avions civils si c'est rentable, donc si la valeur des avions est supérieure à la valeur des ressources qu'on y consacre. Si la seule façon de le faire, c'est grâce à des subventions, on est en train de détruire de la valeur. On n'est certainement pas en train de devenir plus prospères... (sauf les actionnaires subventionnés de Bombardier).
Finalement, un mot sur la possibilité que la recherche militaire, de Boeing par exemple, ait pour effet de baisser ses coûts de production d'avions civils. Dans ce cas, on a affaire à une externalité de production positive : il est moins coûteux de produire deux types de biens qu'un seul. Pierre Lemieux m'a fait remarquer, de façon très juste à mon avis, que Boeing serait dans ce cas plus efficient et produirait des avions civils avec moins de ressources que Bombardier. La logique de l'avantage comparatif nous amène à une conclusion claire : que Bombardier aille faire autre chose.
Voici un commentaire que j'ai ajouté au fil de discussion :
Selon JNH, "En effet, ces subventions sont nécessaires. Aucune, je dis bien aucune industrie de la taille de Bombardier dans le domaine aéronautique ne peut se vanter de réussir sans subventions. Aux États-Unis, Boeing reçoit ses subventions sous forme de contrat de R&D militaire." Et selon Richard, "La plupart des autres constructeurs aéronautiques (Boeing, Airbus, Sukhoi..) dépendent des juteux contrats militaires pour rentabiliser leur branche commerciale, ce que Bombardier ne peut profiter (sic) de par l’absence d’une armée de l’air avec des poches sans fond...".
En fait, les subventions militaires n'ont pas grand chose à voir avec la concurrence en aviation civile. À moins que la recherche militaire subventionnée ne soit directement utilisable au civil par l'entreprise, les profits d'une branche militaire n'ont pas d'impact sur les profits de la branche civile. Comment pourrait-on comprendre qu'une firme qui fait, disons, 5 milliards en profits militaires, choisisse de perdre de l'argent dans le domaine civil ? C'est un peu comme si Toyota décidait que, comme elle fait des profits avec la production de voitures, elle va maintenant commencer à produire en plus des bicyclettes, alors qu'elle est certaine de perdre de l'argent éternellement dans ce domaine. Je ne pense pas que les actionnaires soient ravis de cette possibilité.
Le bottom line est simple : on produit des avions civils si c'est rentable, donc si la valeur des avions est supérieure à la valeur des ressources qu'on y consacre. Si la seule façon de le faire, c'est grâce à des subventions, on est en train de détruire de la valeur. On n'est certainement pas en train de devenir plus prospères... (sauf les actionnaires subventionnés de Bombardier).
Finalement, un mot sur la possibilité que la recherche militaire, de Boeing par exemple, ait pour effet de baisser ses coûts de production d'avions civils. Dans ce cas, on a affaire à une externalité de production positive : il est moins coûteux de produire deux types de biens qu'un seul. Pierre Lemieux m'a fait remarquer, de façon très juste à mon avis, que Boeing serait dans ce cas plus efficient et produirait des avions civils avec moins de ressources que Bombardier. La logique de l'avantage comparatif nous amène à une conclusion claire : que Bombardier aille faire autre chose.
mercredi 9 juillet 2008
À mort les cartels ? OK, mais tous ! (La Presse, 11 juillet 2008)
On discute ces jours-ci de la disparition éventuelle du système de gestion de l’offre des produits agricoles au Canada. Il y a quelques semaines, les journaux rapportaient que le Bureau de la concurrence avait mis à jour une conspiration contre le public, alors que 13 personnes et 11 entreprises ont été accusées d’avoir formé un cartel dans le marché de l’essence à Sherbrooke, Magog, Thetford Mines et Victoriaville. Quel lien y a-t-il entre ces deux événements ? Pour répondre à cette question, il est utile de comprendre ce qu’est un cartel.
Un cartel est un regroupement de producteurs qui s’entendent pour maintenir les prix élevés, en réduisant la concurrence. Ceci peut leur permettre d’augmenter leurs profits en émulant le comportement d’un monopole. Notons qu’un monopole et un cartel (qui fonctionne), c’est du pareil au même. Les deux conduisent à une réduction de la production et à une hausse des prix.
Évidemment, on a pu voir le public s’émouvoir d’un tel comportement chez les détaillants d’essence et réclamer plus de vigilance de la part du gouvernement, ainsi que des pénalités exemplaires pour les coupables. À raison, car la concurrence est essentielle au bon fonctionnement du marché.
Il y a, en fait, deux façons pour des producteurs d’obtenir moins de concurrence et plus de profits. Premièrement, ils peuvent tenter de former un cartel. Mais c’est compliqué, car les cartels sont instables et ... illégaux. En effet, une fois le cartel formé, chacun a intérêt à tricher, en profitant de la réduction de la concurrence des autres pour augmenter la sienne. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les entreprises fautives dans le domaine de l’essence se situent là où le nombre de concurrents est faible : il est plus facile de s’entendre à cinq, en région, qu’à mille à Montréal. Et il y a toujours le danger de se faire prendre la main dans le sac.
Deuxièmement, les firmes peuvent former une association, financée par ses membres, qui fera du lobbying, afin d'obtenir une loi qui contraindra tout le monde à réduire la concurrence. D'où les lois sur la gestion de l’offre en agriculture. La gestion de l’offre, c’est très simple : pour produire un bien, le lait par exemple, il faut détenir un permis. On limite le nombre de permis, ce qui réduit la production et permet de maintenir des prix élevés. Comme le gouvernement impose lui-même le système des quotas, par la coercition, tout est réglé.
Il est particulièrement cocasse de voir que les entreprises pétrolières accusées d’avoir formé un cartel auraient tout simplement dû s’associer pour demander au gouvernement un prix minimum de l’essence. Elles auraient ainsi obtenu, légalement, ce qu’elles tentaient d’avoir par la dissimulation. Ah, mais j’oubliais ! Le prix minimum de l’essence existe déjà au Québec…
Bizarre tout de même, la myopie dont nous faisons preuve face au gouvernement. Les gouvernements sont, en fait, la plus importante source de monopoles et de cartels dans l’économie.
Allons-y avec les cas les plus flagrants de création et de maintien de cartels (et d’arrangements qui aboutissent au même résultat) par les gouvernements : le cartel des producteurs de lait, celui du sirop d’érable, des œufs, de la volaille (limitation de la production par l’émission de quotas), le cartel du taxi (limitation du nombre de permis), les cartes de « compétence » dans les métiers de la construction et les autres cartels syndicaux, etc.. Et tous les secteurs protégés par des politiques commerciales protectionnistes. Finalement, n’oublions pas les monopoles créés par la législation : alcool, électricité, jeux.
Surprise : le gouvernement, par ses lois et règlements, est responsable de la création et du maintien des plus importants cartels dans l'économie. Et d’une importante perte de bien-être pour les consommateurs. Nous devrions donc nous réjouir, et non pas nous inquiéter, devant la possibilité de disparition des cartels agricoles.
Un cartel est un regroupement de producteurs qui s’entendent pour maintenir les prix élevés, en réduisant la concurrence. Ceci peut leur permettre d’augmenter leurs profits en émulant le comportement d’un monopole. Notons qu’un monopole et un cartel (qui fonctionne), c’est du pareil au même. Les deux conduisent à une réduction de la production et à une hausse des prix.
Évidemment, on a pu voir le public s’émouvoir d’un tel comportement chez les détaillants d’essence et réclamer plus de vigilance de la part du gouvernement, ainsi que des pénalités exemplaires pour les coupables. À raison, car la concurrence est essentielle au bon fonctionnement du marché.
Il y a, en fait, deux façons pour des producteurs d’obtenir moins de concurrence et plus de profits. Premièrement, ils peuvent tenter de former un cartel. Mais c’est compliqué, car les cartels sont instables et ... illégaux. En effet, une fois le cartel formé, chacun a intérêt à tricher, en profitant de la réduction de la concurrence des autres pour augmenter la sienne. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les entreprises fautives dans le domaine de l’essence se situent là où le nombre de concurrents est faible : il est plus facile de s’entendre à cinq, en région, qu’à mille à Montréal. Et il y a toujours le danger de se faire prendre la main dans le sac.
Deuxièmement, les firmes peuvent former une association, financée par ses membres, qui fera du lobbying, afin d'obtenir une loi qui contraindra tout le monde à réduire la concurrence. D'où les lois sur la gestion de l’offre en agriculture. La gestion de l’offre, c’est très simple : pour produire un bien, le lait par exemple, il faut détenir un permis. On limite le nombre de permis, ce qui réduit la production et permet de maintenir des prix élevés. Comme le gouvernement impose lui-même le système des quotas, par la coercition, tout est réglé.
Il est particulièrement cocasse de voir que les entreprises pétrolières accusées d’avoir formé un cartel auraient tout simplement dû s’associer pour demander au gouvernement un prix minimum de l’essence. Elles auraient ainsi obtenu, légalement, ce qu’elles tentaient d’avoir par la dissimulation. Ah, mais j’oubliais ! Le prix minimum de l’essence existe déjà au Québec…
Bizarre tout de même, la myopie dont nous faisons preuve face au gouvernement. Les gouvernements sont, en fait, la plus importante source de monopoles et de cartels dans l’économie.
Allons-y avec les cas les plus flagrants de création et de maintien de cartels (et d’arrangements qui aboutissent au même résultat) par les gouvernements : le cartel des producteurs de lait, celui du sirop d’érable, des œufs, de la volaille (limitation de la production par l’émission de quotas), le cartel du taxi (limitation du nombre de permis), les cartes de « compétence » dans les métiers de la construction et les autres cartels syndicaux, etc.. Et tous les secteurs protégés par des politiques commerciales protectionnistes. Finalement, n’oublions pas les monopoles créés par la législation : alcool, électricité, jeux.
Surprise : le gouvernement, par ses lois et règlements, est responsable de la création et du maintien des plus importants cartels dans l'économie. Et d’une importante perte de bien-être pour les consommateurs. Nous devrions donc nous réjouir, et non pas nous inquiéter, devant la possibilité de disparition des cartels agricoles.
lundi 3 mars 2008
Les gens réagissent aux incitations
Une des premiers principes examinés lors d'un cours d'introduction à la microéconomie peut se lire ainsi : les gens réagissent aux incitations. Cette hypothèse assez forte sur le comportement humain se vérifie à tous les jours : les gens mettent de la monnaie dans les parcomètres car l'espérance du coût de l'amende est plus élevée que le coût du stationnement ; les étudiants font les exercices notés plus que ceux qui sont suggérés ; les vendeurs itinérants vendent plus lorsqu'on les rémunère en fonction des ventes, etc...
Un économiste, Richard B. McKenzie, a poussé cet argument plus loin, dans un article récent dans le Wall Street Journal : " So I heeded the suggestion of Tyler Cowen, an economist at George Mason University, and cooked up my own "Economist Weight-Loss Incentive Plan": I contracted with a friend to pay her $500 if I had not lost nine pounds at the end of 10 weeks. I and a witness (my friend's husband) signed the pact. My friend similarly obligated herself to take the payment and to spend it on herself. She affirmed her solemn pledge with her signature, witnessed by her husband (with a big grin)."
En fait, je soupçonne qu'un tel contrat est plus efficace qu'un plan "Weight Watchers" qui coûterait la même chose.
Un économiste de Yale, Dean Karlan, a récemment fait un pas de plus en créant une entreprise pour créer et administrer des contrats incitatifs pour atteindre des objectifs personnels : perdre du poids, cesser de fumer, de se ronger les ongles, etc...
Incidemment, M. McKenzie a perdu 5 livres de plus que ce qu'il s'était engagé à perdre.
Un économiste, Richard B. McKenzie, a poussé cet argument plus loin, dans un article récent dans le Wall Street Journal : " So I heeded the suggestion of Tyler Cowen, an economist at George Mason University, and cooked up my own "Economist Weight-Loss Incentive Plan": I contracted with a friend to pay her $500 if I had not lost nine pounds at the end of 10 weeks. I and a witness (my friend's husband) signed the pact. My friend similarly obligated herself to take the payment and to spend it on herself. She affirmed her solemn pledge with her signature, witnessed by her husband (with a big grin)."
En fait, je soupçonne qu'un tel contrat est plus efficace qu'un plan "Weight Watchers" qui coûterait la même chose.
Un économiste de Yale, Dean Karlan, a récemment fait un pas de plus en créant une entreprise pour créer et administrer des contrats incitatifs pour atteindre des objectifs personnels : perdre du poids, cesser de fumer, de se ronger les ongles, etc...
Incidemment, M. McKenzie a perdu 5 livres de plus que ce qu'il s'était engagé à perdre.
mercredi 27 février 2008
Marchés d'information
Depuis quelques années, on assiste au développement de marchés d'information, particulièrement aux États-Unis. Parmi les exemples les plus connus, citons TradeSports.com, Betfair.com et le Iowa Electronic Market. Ces marchés ne sont pas nouveaux : durant la période 1868-1940, des marchés bien organisés permettaient déjà de parier sur les résultats des élections présidentielles américaines.
Essentiellement, le marché organisé par TradeSports permet de créer et d'échanger des titres qui rapporteront au porteur une somme de 100 $ si l'événement prédit se produit. Le grand intérêt de ces marchés réside dans l'hypothèse de la théorie des marchés efficients :
"In a truly efficient prediction market, the market price will be the best predictor of the event, and no combination of available polls or other information can be used to improve on the market-generated forecasts. This statement does not require that all individuals in a market be rational, as long as the marginal trade in the market is motivated by rational traders."
Justin Wolfers and Eric Zitzewitz, Prediction Markets, Journal of Economic Perspectives, Spring 2004.
Et ça marche ! Lors des présidentielles américaines, la valeur des titres sur les Grands Électeurs de chaque état a prédit le bon résultat avec un taux d'efficacité de 100 %. Ce qui m'a permis de laminer mes amis dans un pool sur les élections.
Présentement (le 27 février 2008), la valeur du titre "Obama remporte la nomination démocrate" tourne autour de 84 $, contre 16 $ pour le titre "Clinton remporte la nomination démocrate". Les chances de Hillary Clinton sont encore plus faibles que vous pensez.
"The [Intrade] markets offer a great way to track the market-based consensus on political and current events. People put real money on the line in making predictions, which is better than snap judgments in opinion polls or no-stakes views of pundits."
Tom Gallagher, ISI Group
Source : Guessing Games, The Economist, 18 novembre 2004
Essentiellement, le marché organisé par TradeSports permet de créer et d'échanger des titres qui rapporteront au porteur une somme de 100 $ si l'événement prédit se produit. Le grand intérêt de ces marchés réside dans l'hypothèse de la théorie des marchés efficients :
"In a truly efficient prediction market, the market price will be the best predictor of the event, and no combination of available polls or other information can be used to improve on the market-generated forecasts. This statement does not require that all individuals in a market be rational, as long as the marginal trade in the market is motivated by rational traders."
Justin Wolfers and Eric Zitzewitz, Prediction Markets, Journal of Economic Perspectives, Spring 2004.
Et ça marche ! Lors des présidentielles américaines, la valeur des titres sur les Grands Électeurs de chaque état a prédit le bon résultat avec un taux d'efficacité de 100 %. Ce qui m'a permis de laminer mes amis dans un pool sur les élections.
Présentement (le 27 février 2008), la valeur du titre "Obama remporte la nomination démocrate" tourne autour de 84 $, contre 16 $ pour le titre "Clinton remporte la nomination démocrate". Les chances de Hillary Clinton sont encore plus faibles que vous pensez.
"The [Intrade] markets offer a great way to track the market-based consensus on political and current events. People put real money on the line in making predictions, which is better than snap judgments in opinion polls or no-stakes views of pundits."
Tom Gallagher, ISI Group
Source : Guessing Games, The Economist, 18 novembre 2004
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