samedi 6 septembre 2008

L'économie US est-elle en récession ?








Mise à jour d'un blog de juin passé :


On entend (ou on lit) ces jours-ci des commentaires contradictoires sur l'état de l'économie US. Est-elle ou non en récession ?

Rappelons la définition habituelle d'une récession : une période d'au moins 2 trimestres d'affilé avec une croissance négative du PIB réel.

Même si elle est anémique, la croissance est légèrement positive jusqu'à date. Regardez le graphique ci-haut, tiré de la revue National Economic Trends, de la Fed de St-Louis d'août 2008. Remarquons qu'il est possible que la croissance soit négative au 3e trimestre (qui commençait le 1er juillet), ainsi qu'au trimestre suivant, mais on n'a pas encore les chiffres. Donc, ils sont peut-être en récession, mais on ne le saura qu'à l'hiver.

Dans les faits, les économies européennes semblent plus mal en point que l'économie américaine. Voir à ce propos le tableau , tiré de la revue The Economist du 6 septembre 2008. On y voit, en haut et à gauche, que la croissance du dernier trimestre dans la zone euro est négative.

Notons aussi que, en raison de la croissance naturelle de la main-d'oeuvre et de celle de la productivité, dès que la croissance économique tombe sous un certain niveau (au Canada, environ 2,5 % en moyenne), le taux de chômage augmente, même si la croissance reste positive. Un taux de chômage à la hausse n'est donc pas nécessairement l'indice d'une récession.

mardi 19 août 2008

La balance du compte courant

Voici un ajout à la seconde édition de Mankiw/Belzile, en préparation. Il porte sur le compte courant.

Les sorties nettes de capitaux (SNC) représentent la différence entre la valeur en dollars des actifs étrangers achetés par les résidents nationaux et la valeur en dollars des actifs nationaux achetés par les étrangers. Ainsi, lorsqu'un Mexicain dépense 100$ pour acheter 10 actions de la société Tim Hortons (à 10$ par action), il se produit une entrée de capitaux financiers de 100$ au Canada. Lorsqu'un Canadien dépense 160$ pour acheter 40 actions de Telmex, la société mexicaine de téléphone (à 4$ par action), il y a plutôt une sortie de capitaux de 160$ du Canada. L'effet net de ces deux transactions est une sortie nette de capitaux de 60$.

Une autre paire de flux financiers sera éventuellement associée à ces deux transactions portant sur des actions. Plus tard, Tim Hortons paiera sans doute des dividendes au Mexicain qui a acheté 10 de ses actions. Supposons que le dividende représente 3 pourcent du prix des actions : le paiement des dividendes provoquera une sortie future de capitaux financiers de 0.30$ par action, ou 3$ au total. De la même façon, il est possible que Telmex verse un dividende au Canadien qui a acheté de ses actions. Supposons un dividende de 5% : le Canadien recevra alors 0.20$ par action ou un total de 8$. Ces deux paiements (par Tim Hortons et Telmex) résulteront en une entrée nette de dividendes de 5$. D'autres transactions peuvent aussi se dérouler, par exemple des achats et des ventes d'obligations. Ces échanges mèneront plus tard à des paiements d'intérêt.

Nous tenons compte des achats d'actions (qui dans notre exemple résultent en une sortie nette de capitaux de 60$) dans notre mesure de la sortie nette de capitaux (SNC). Mais comment tenir compte des flux de capitaux financiers résultant des paiements de dividendes futurs ? Même chose pour les achats d'obligations : nous en tenons compte dans la sortie nette de capitaux, mais que faire avec les flux de capitaux financiers résultant des paiements d'intérêt futurs ?

La réponse est simple : ils sont mesurés dans la balance du compte courant. On définit la balance du compte courant ainsi :

Balance du compte courant = Exportations nettes + Entrée nette de dividendes et d'intérêts

Ainsi, la balance du compte courant mesure les paiements reçus de l'étranger en échange de biens et de services (incluant les intérêts et les dividendes) moins les paiements analogues faits aux étrangers. Nous avons déjà discuté de la partie la plus importante du compte courant, lorsque nous avons abordé les exportations, les importations et les exportations nettes. Nous n'avions cependant pas discuté explicitement des flux nets de dividendes et d'intérêts, et ce pour deux raisons. Premièrement, ils sont petits lorsqu'on les compare aux sorties nettes de capitaux qui sont à leur origine (dans notre exemple précédent, la sortie nette de capitaux de 60$ produit une entrée nette de dividendes future de seulement 5$). Deuxièmement, parce que le flux de paiements de dividendes et d'intérêts ne se produit que plus tard et continue pour plusieurs périodes (tant que le Canadien possède les actions de Telmex et que le Mexicain possède celles de Tim Hortons), l'analyse des effets d'événements qui peuvent créer une sortie nette de capitaux s'en trouve compliquée. Pour ces raisons, la deuxième partie de la balance du compte courant est souvent ignorée dans l'analyse de base des économies ouvertes. Notons cependant que, dans la figure 12.1, les recettes d'intérêt et de dividendes ont été incluses dans les exportations, alors que les paiements d'intérêt et de dividendes ont été inclus dans les exportations.

Les étudiants plus « allumés » auront peut-être d'ailleurs remarqué que la différence entre le PIB et le PNB tient justement dans les paiements internationaux d'intérêts et de dividendes. Pour calculer le PNB, on part du PIB et l'on soustrait les revenus versés à des non-résidents, puis l'on ajoute la valeur des revenus provenant de l'étranger et reçus par les résidents canadiens. En fait, lorsque l'on utilise le concept de PNB, le compte courant est par définition égal aux exportations nettes.

samedi 26 juillet 2008

Bombardier et les subventions aux entreprises

À partir d'un très bon texte de Pierre Lemieux sur les subventions à Bombardier, allez voir le débat intéressant qui suit sur les effets de telles politiques. Particulièrement, les commentaires de David. Tout cela nous ramène à Frédéric Bastiat (1801-185), qui a abondamment discuté de "ce que l'on voit et ce que l'on ne voit pas". Plusieurs de ses textes peuvent éclairer ce débat sur l'utilité de subventionner une activité, dont Les travaux publics et Un profit contre deux pertes.

Voici un commentaire que j'ai ajouté au fil de discussion :

Selon JNH, "En effet, ces subventions sont nécessaires. Aucune, je dis bien aucune industrie de la taille de Bombardier dans le domaine aéronautique ne peut se vanter de réussir sans subventions. Aux États-Unis, Boeing reçoit ses subventions sous forme de contrat de R&D militaire." Et selon Richard, "La plupart des autres constructeurs aéronautiques (Boeing, Airbus, Sukhoi..) dépendent des juteux contrats militaires pour rentabiliser leur branche commerciale, ce que Bombardier ne peut profiter (sic) de par l’absence d’une armée de l’air avec des poches sans fond...".

En fait, les subventions militaires n'ont pas grand chose à voir avec la concurrence en aviation civile. À moins que la recherche militaire subventionnée ne soit directement utilisable au civil par l'entreprise, les profits d'une branche militaire n'ont pas d'impact sur les profits de la branche civile. Comment pourrait-on comprendre qu'une firme qui fait, disons, 5 milliards en profits militaires, choisisse de perdre de l'argent dans le domaine civil ? C'est un peu comme si Toyota décidait que, comme elle fait des profits avec la production de voitures, elle va maintenant commencer à produire en plus des bicyclettes, alors qu'elle est certaine de perdre de l'argent éternellement dans ce domaine. Je ne pense pas que les actionnaires soient ravis de cette possibilité.

Le bottom line est simple : on produit des avions civils si c'est rentable, donc si la valeur des avions est supérieure à la valeur des ressources qu'on y consacre. Si la seule façon de le faire, c'est grâce à des subventions, on est en train de détruire de la valeur. On n'est certainement pas en train de devenir plus prospères... (sauf les actionnaires subventionnés de Bombardier).

Finalement, un mot sur la possibilité que la recherche militaire, de Boeing par exemple, ait pour effet de baisser ses coûts de production d'avions civils. Dans ce cas, on a affaire à une externalité de production positive : il est moins coûteux de produire deux types de biens qu'un seul. Pierre Lemieux m'a fait remarquer, de façon très juste à mon avis, que Boeing serait dans ce cas plus efficient et produirait des avions civils avec moins de ressources que Bombardier. La logique de l'avantage comparatif nous amène à une conclusion claire : que Bombardier aille faire autre chose.

mercredi 9 juillet 2008

À mort les cartels ? OK, mais tous ! (La Presse, 11 juillet 2008)

On discute ces jours-ci de la disparition éventuelle du système de gestion de l’offre des produits agricoles au Canada. Il y a quelques semaines, les journaux rapportaient que le Bureau de la concurrence avait mis à jour une conspiration contre le public, alors que 13 personnes et 11 entreprises ont été accusées d’avoir formé un cartel dans le marché de l’essence à Sherbrooke, Magog, Thetford Mines et Victoriaville. Quel lien y a-t-il entre ces deux événements ? Pour répondre à cette question, il est utile de comprendre ce qu’est un cartel.

Un cartel est un regroupement de producteurs qui s’entendent pour maintenir les prix élevés, en réduisant la concurrence. Ceci peut leur permettre d’augmenter leurs profits en émulant le comportement d’un monopole. Notons qu’un monopole et un cartel (qui fonctionne), c’est du pareil au même. Les deux conduisent à une réduction de la production et à une hausse des prix.

Évidemment, on a pu voir le public s’émouvoir d’un tel comportement chez les détaillants d’essence et réclamer plus de vigilance de la part du gouvernement, ainsi que des pénalités exemplaires pour les coupables. À raison, car la concurrence est essentielle au bon fonctionnement du marché.

Il y a, en fait, deux façons pour des producteurs d’obtenir moins de concurrence et plus de profits. Premièrement, ils peuvent tenter de former un cartel. Mais c’est compliqué, car les cartels sont instables et ... illégaux. En effet, une fois le cartel formé, chacun a intérêt à tricher, en profitant de la réduction de la concurrence des autres pour augmenter la sienne. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les entreprises fautives dans le domaine de l’essence se situent là où le nombre de concurrents est faible : il est plus facile de s’entendre à cinq, en région, qu’à mille à Montréal. Et il y a toujours le danger de se faire prendre la main dans le sac.

Deuxièmement, les firmes peuvent former une association, financée par ses membres, qui fera du lobbying, afin d'obtenir une loi qui contraindra tout le monde à réduire la concurrence. D'où les lois sur la gestion de l’offre en agriculture. La gestion de l’offre, c’est très simple : pour produire un bien, le lait par exemple, il faut détenir un permis. On limite le nombre de permis, ce qui réduit la production et permet de maintenir des prix élevés. Comme le gouvernement impose lui-même le système des quotas, par la coercition, tout est réglé.

Il est particulièrement cocasse de voir que les entreprises pétrolières accusées d’avoir formé un cartel auraient tout simplement dû s’associer pour demander au gouvernement un prix minimum de l’essence. Elles auraient ainsi obtenu, légalement, ce qu’elles tentaient d’avoir par la dissimulation. Ah, mais j’oubliais ! Le prix minimum de l’essence existe déjà au Québec…

Bizarre tout de même, la myopie dont nous faisons preuve face au gouvernement. Les gouvernements sont, en fait, la plus importante source de monopoles et de cartels dans l’économie.

Allons-y avec les cas les plus flagrants de création et de maintien de cartels (et d’arrangements qui aboutissent au même résultat) par les gouvernements : le cartel des producteurs de lait, celui du sirop d’érable, des œufs, de la volaille (limitation de la production par l’émission de quotas), le cartel du taxi (limitation du nombre de permis), les cartes de « compétence » dans les métiers de la construction et les autres cartels syndicaux, etc.. Et tous les secteurs protégés par des politiques commerciales protectionnistes. Finalement, n’oublions pas les monopoles créés par la législation : alcool, électricité, jeux.

Surprise : le gouvernement, par ses lois et règlements, est responsable de la création et du maintien des plus importants cartels dans l'économie. Et d’une importante perte de bien-être pour les consommateurs. Nous devrions donc nous réjouir, et non pas nous inquiéter, devant la possibilité de disparition des cartels agricoles.

dimanche 8 juin 2008

Lectures d'été

Voici quelques suggestions de lectures économiques pour vos vacances :
  • Tyler Cowen, Discover your Inner Economist: Use Incentives to Fall in Love, Survive Your Next Meeting, and Motivate Your Dentist
  • Avinash Dixit and Barry Nalebuff, Thinking Strategically
  • Nathalie Elgrably, La face cachée des politiques publiques
  • Milton Friedman, Capitalism and Freedom
  • Tim Harford, The logic of Life
  • Tim Harford, The Undercover Economist
  • Steven Lansburg, More Sex Is Safer Sex: The Unconventional Wisdom of Economics
  • John McMillan, Reinventing the Bazaar
  • Johan Norberg, Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste
  • Russell Roberts, The Choice: A Fable of Free Trade and Protection
  • Charles Wheelan, Naked Economics

samedi 7 juin 2008

La rationalité économique

Les économistes postulent en général que les humains sont rationnels. Pas que chacun des gestes de chaque personne est pesé et réfléchi, mais plutôt que, en moyenne, les gens cherchent de la meilleure façon possible à atteindre leurs objectifs. Ainsi, on peut prévoir que les gens réagiront aux incitatifs (par exemple, si le coût de renonciation d'une action quelconque augmente, les personnes entreprendront moins cette action). À ce sujet, voir un de mes posts précédents.

Un débat intéressant s'est tenu récemment à ce sujet entre Tim Harford, un tenant de l'approche orthodoxe et Dan Ariely, qui fait de la recherche en économie béhaviorale. Ils viennent chacun de publier un livre qui éclaire la position économique et celle des psychologues.