Récemment, le Journal de Montréal publiait un article intitulé "On triche dans les supermarchés" (18 mars 2008). Le président de l’Association des détaillants en alimentation (ADA), M. Florent Gravel, s'y plaignait que des détaillants ne respectent pas la réglementation québécoise sur le nombre d'employés en dehors des heures d'ouverture "normales" des commerces.
Pour comprendre la sortie publique de Florent Gravel, il faut retourner à l'économiste Mancur Olson et à son livre "The logic of collective action" (Harvard University Press, 1971, ISBN-13: 978-0674537514).
L’Association des détaillants en alimentation produit des biens publics pour ses membres, c'est-à-dire des biens pour lesquels on ne peut pas exclure un resquilleur.
Le bien auquel M. Gravel s'intéresse ici est la limitation des heures d'ouverture et de la concurrence, qui permet d'augmenter les profits des membres par une baisse des coûts. Individuellement, chaque détaillant est incité à ouvrir plus longtemps et à employer suffisamment de personnes pour satisfaire la clientèle. Lorsque tous le font, les clients sont heureux, mais les détaillants font moins de profits.
Il y a deux solutions possibles à ce jeu entre les firmes.
Premièrement, elles peuvent tenter de former un cartel. Mais les cartels sont illégaux et ... instables. En effet, chacun a intérêt à tricher en profitant de la réduction de la concurrence pour augmenter la sienne.
Deuxièmement, les firmes peuvent former une association, financée par ses membres, qui fera du lobbying afin d'obtenir une loi qui contraindra tout le monde à réduire la concurrence. D'où la loi sur les heures d'ouverture. Évidemment, lorsque l'on produit un tel bien public, il faut policer l'entente afin d'éliminer le resquillage. Si le gouvernement le fait, par la coercition, tout est réglé.
Surprise : le gouvernement, par ses règlements, est sans doute responsable de la création et du maintien des plus importants cartels dans l'économie.
mardi 8 avril 2008
lundi 3 mars 2008
Les gens réagissent aux incitations
Une des premiers principes examinés lors d'un cours d'introduction à la microéconomie peut se lire ainsi : les gens réagissent aux incitations. Cette hypothèse assez forte sur le comportement humain se vérifie à tous les jours : les gens mettent de la monnaie dans les parcomètres car l'espérance du coût de l'amende est plus élevée que le coût du stationnement ; les étudiants font les exercices notés plus que ceux qui sont suggérés ; les vendeurs itinérants vendent plus lorsqu'on les rémunère en fonction des ventes, etc...
Un économiste, Richard B. McKenzie, a poussé cet argument plus loin, dans un article récent dans le Wall Street Journal : " So I heeded the suggestion of Tyler Cowen, an economist at George Mason University, and cooked up my own "Economist Weight-Loss Incentive Plan": I contracted with a friend to pay her $500 if I had not lost nine pounds at the end of 10 weeks. I and a witness (my friend's husband) signed the pact. My friend similarly obligated herself to take the payment and to spend it on herself. She affirmed her solemn pledge with her signature, witnessed by her husband (with a big grin)."
En fait, je soupçonne qu'un tel contrat est plus efficace qu'un plan "Weight Watchers" qui coûterait la même chose.
Un économiste de Yale, Dean Karlan, a récemment fait un pas de plus en créant une entreprise pour créer et administrer des contrats incitatifs pour atteindre des objectifs personnels : perdre du poids, cesser de fumer, de se ronger les ongles, etc...
Incidemment, M. McKenzie a perdu 5 livres de plus que ce qu'il s'était engagé à perdre.
Un économiste, Richard B. McKenzie, a poussé cet argument plus loin, dans un article récent dans le Wall Street Journal : " So I heeded the suggestion of Tyler Cowen, an economist at George Mason University, and cooked up my own "Economist Weight-Loss Incentive Plan": I contracted with a friend to pay her $500 if I had not lost nine pounds at the end of 10 weeks. I and a witness (my friend's husband) signed the pact. My friend similarly obligated herself to take the payment and to spend it on herself. She affirmed her solemn pledge with her signature, witnessed by her husband (with a big grin)."
En fait, je soupçonne qu'un tel contrat est plus efficace qu'un plan "Weight Watchers" qui coûterait la même chose.
Un économiste de Yale, Dean Karlan, a récemment fait un pas de plus en créant une entreprise pour créer et administrer des contrats incitatifs pour atteindre des objectifs personnels : perdre du poids, cesser de fumer, de se ronger les ongles, etc...
Incidemment, M. McKenzie a perdu 5 livres de plus que ce qu'il s'était engagé à perdre.
Ces "intellectuels" qui nous influencent
Mario Roy signait aujourd'hui un éditorial dans la Presse, dans lequel il s'étonnait des propos récents de Marion Cotillard : "Comment des gens qui ont autant de talent, qui sont capables d'autant d'intelligence dans l'exercice d'un art donné, peuvent-ils en d'autres matières manifester un esprit aussi indigent?"
Justement. Marion Cotillard est une ACTRICE. Elle ne connaît probablement strictement rien à la politique, l'écologie (même si elle est porte-parole de Green Peace) ou l'économie. De toute évidence, Mlle Cotillard est plutôt une (jolie) tête de linotte.
De la même façon, Roy Dupuis n'est ni un héros militaire, ni un joueur de hockey mythique. Richard Desjardins, Sean Penn, Madonna ou Pierre Falardeau sont chanteur, comédien ou cinéaste subventionné. Sean Penn fait peut-être des millions, mais c'est parce qu'il a un talent d'acteur et sait se vendre. Pas parce qu'il est un expert de l'économie, de la géo-politique ou du terrorisme.
Malheureusement, beaucoup de gens accordent de l'importance aux opinions de ces personnes. C'est facile de prendre une position publique. Et payant au niveau des relations publiques. Les groupes ou partis politiques qui tentent de tirer parti de la célébrité d'un artiste qui les appuie, le font parce qu'il y a un intérêt mutuel. Mais ils le font aussi à leurs risques et périls (aimeriez-vous avoir été appuyé par Mlle Cotillard ?).
Les artistes peuvent avoir des opinions très fortes ou des intérêts personnels à défendre. Mais leur opinion ne vaut pas mieux que celle de n'importe qui. Ne l'oublions pas.
Justement. Marion Cotillard est une ACTRICE. Elle ne connaît probablement strictement rien à la politique, l'écologie (même si elle est porte-parole de Green Peace) ou l'économie. De toute évidence, Mlle Cotillard est plutôt une (jolie) tête de linotte.
De la même façon, Roy Dupuis n'est ni un héros militaire, ni un joueur de hockey mythique. Richard Desjardins, Sean Penn, Madonna ou Pierre Falardeau sont chanteur, comédien ou cinéaste subventionné. Sean Penn fait peut-être des millions, mais c'est parce qu'il a un talent d'acteur et sait se vendre. Pas parce qu'il est un expert de l'économie, de la géo-politique ou du terrorisme.
Malheureusement, beaucoup de gens accordent de l'importance aux opinions de ces personnes. C'est facile de prendre une position publique. Et payant au niveau des relations publiques. Les groupes ou partis politiques qui tentent de tirer parti de la célébrité d'un artiste qui les appuie, le font parce qu'il y a un intérêt mutuel. Mais ils le font aussi à leurs risques et périls (aimeriez-vous avoir été appuyé par Mlle Cotillard ?).
Les artistes peuvent avoir des opinions très fortes ou des intérêts personnels à défendre. Mais leur opinion ne vaut pas mieux que celle de n'importe qui. Ne l'oublions pas.
dimanche 2 mars 2008
Quelques réflexions sur la redistribution des revenus
Le temps des impôts approchant à grands pas au Canada, je vous propose un « thought experience » que je mène régulièrement avec mes étudiants, dans un cours d’économie du bien-être et de la taxation.
L’État nous oblige à lui verser à chaque année des sommes importantes sous toutes sortes de formes (impôts sur le revenu, taxes diverses, impôts sur la richesse foncière), dont une part importante ne sert pas à produire des biens « publics », mais est plutôt redistribué. Bien peu de gens remettent en question cette notion même de redistribution des revenus.
Mes discussions avec mes étudiants m’amènent à croire que le soutien à ces politiques (ou l’apathie généralisée) relève plus d’une forme de conditionnement ou d’habitude que d’un soutien théorique ou moral profond.
Voici comment j’approche le problème avec mes étudiants : en début de séance de cours, je propose à ma classe que l’on procède à une redistribution des points accumulés par chacun au cours du trimestre. Ainsi, ceux qui auront performé bien mieux que la médiane céderont des points à leurs collègues « moins fortunés ». La moyenne ne changera pas, mais les notes n’iront plus de E à A+. Les meilleurs ne pourront plus espérer qu’un B+ et les plus faibles obtiendront un C-.
Assez rapidement, « hell breaks loose » ! La plus grande part des étudiants sont en pétard face à ce qu’ils voient comme une injustice. Parmi leurs objections, notons :
« Je travaille fort. Ce sont mes notes. Pourquoi devrais-je en céder à ceux qui travaillent moins ? »
« On encourage ainsi le resquillage, i.e. certains travailleront moins fort et se contenteront d’un C-, aux dépens des autres »
« La moyenne diminuera, car tous feront face à des incitations moins fortes pour performer »
Et ils réalisent très vite que c’est ce qui se produit avec le système de taxes-redistribution. Les taxes ne sont pas neutres. Nous sommes collectivement plus pauvres lorsque l’État s’ingère dans nos vies en taxant ceux qui travaillent fort.
En fait, le cas des taxes est bien plus grave que celui des notes. En plus de diminuer l’incitation à travailler et à entreprendre, les taux marginaux de taxation élevés réduisent l’investissement sous toutes ses formes (en capital physique, en innovation et en éducation). Y aurait-il beaucoup d’étudiants à HEC si tous occupaient un emploi semblable et gagnaient la même chose, quelque soit la diplômation ? Mes étudiants, qui font face à un coût d’opportunité élevé en étudiant, ne s’y trompent pas.
Ce texte se retrouve aussi sur le blogue du Québécois libre : http://www.leblogueduql.org/2008/03/quelques-rflexi.html
L’État nous oblige à lui verser à chaque année des sommes importantes sous toutes sortes de formes (impôts sur le revenu, taxes diverses, impôts sur la richesse foncière), dont une part importante ne sert pas à produire des biens « publics », mais est plutôt redistribué. Bien peu de gens remettent en question cette notion même de redistribution des revenus.
Mes discussions avec mes étudiants m’amènent à croire que le soutien à ces politiques (ou l’apathie généralisée) relève plus d’une forme de conditionnement ou d’habitude que d’un soutien théorique ou moral profond.
Voici comment j’approche le problème avec mes étudiants : en début de séance de cours, je propose à ma classe que l’on procède à une redistribution des points accumulés par chacun au cours du trimestre. Ainsi, ceux qui auront performé bien mieux que la médiane céderont des points à leurs collègues « moins fortunés ». La moyenne ne changera pas, mais les notes n’iront plus de E à A+. Les meilleurs ne pourront plus espérer qu’un B+ et les plus faibles obtiendront un C-.
Assez rapidement, « hell breaks loose » ! La plus grande part des étudiants sont en pétard face à ce qu’ils voient comme une injustice. Parmi leurs objections, notons :
« Je travaille fort. Ce sont mes notes. Pourquoi devrais-je en céder à ceux qui travaillent moins ? »
« On encourage ainsi le resquillage, i.e. certains travailleront moins fort et se contenteront d’un C-, aux dépens des autres »
« La moyenne diminuera, car tous feront face à des incitations moins fortes pour performer »
Et ils réalisent très vite que c’est ce qui se produit avec le système de taxes-redistribution. Les taxes ne sont pas neutres. Nous sommes collectivement plus pauvres lorsque l’État s’ingère dans nos vies en taxant ceux qui travaillent fort.
En fait, le cas des taxes est bien plus grave que celui des notes. En plus de diminuer l’incitation à travailler et à entreprendre, les taux marginaux de taxation élevés réduisent l’investissement sous toutes ses formes (en capital physique, en innovation et en éducation). Y aurait-il beaucoup d’étudiants à HEC si tous occupaient un emploi semblable et gagnaient la même chose, quelque soit la diplômation ? Mes étudiants, qui font face à un coût d’opportunité élevé en étudiant, ne s’y trompent pas.
Ce texte se retrouve aussi sur le blogue du Québécois libre : http://www.leblogueduql.org/2008/03/quelques-rflexi.html
vendredi 29 février 2008
Tocqueville et la liberté
Publié pour la première fois en 1840, ce texte n'a pas perdu de son actualité, en ces temps de despotisme "soft", où les gouvernements savent ce qui est bon pour nous et nous l'imposent. Voilà pourquoi Tocqueville fait toujours partie du curriculum aux États-Unis. Tocqueville est malheureusement négligé chez nous.
Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique (1840), vol II (Quatrième Partie, Chapitre VI)
Quelle espèce de despotisme les nations démocratique ont à craindre
Lorsque je songe aux petites passions des hommes de nos jours, à la mollesse de leurs moeurs, à l'étendue de leurs lumières, à la pureté de leur religion, à la douceur de leur morale, à leurs habitudes laborieuses et rangées, à la retenue qu'ils conservent presque tous dans le vice comme dans la vertu, je ne crains pas qu'ils rencontrent dans leurs chefs des tyrans, mais plutôt des tuteurs. Je pense donc que l'espèce d'oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l'a précédée dans le monde; nos contemporains ne sauraient en trouver l'image dans leurs souvenirs. Je cherche en vain moi-même une expression qui reproduise exactement l'idée que je m'en forme et la renferme; les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent point. La chose est nouvelle, il faut donc tacher de la définir, puisque je ne peux la nommer.
Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde: je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres: ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce humaine; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d'eux, mais il ne les voit pas; il les touche et ne les sent point; il n'existe qu'en lui-même et pour lui seul, et s'il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu'il n'a plus de patrie.
Au-dessus de ceux-la s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre?
C'est ainsi que tous les jours il rend moins utile et plus rare l'emploi du libre arbitre; qu'il renferme l'action de la volonté dans un plus petit espace, et dérobe peu a peu chaque citoyen jusqu'à l'usage de lui-même. L'égalité a préparé les hommes à toutes ces choses: elle les a disposés à les souffrir et souvent même à les regarder comme un bienfait.
Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l'avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière; il en couvre la surface d'un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige; il force rarement d'agir, mais il s'oppose sans cesse à ce qu'on agisse; il ne détruit point, il empêche de naître; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation a n'être plus qu'un troupeau d'animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger.
J'ai toujours cru que cette sorte de servitude, réglée, douce et paisible, dont je viens de faire le tableau, pourrait se combiner mieux qu'on ne l'imagine avec quelques unes des formes extérieures de la liberté, et qu'il ne lui serait pas impossible de s'établir a l'ombre même de la souveraineté du peuple.
Nos contemporains sont incessamment travaillés par deux passions ennemies: ils sentent le besoin d'être conduits et l'envie de rester libres. Ne pouvant détruire ni l'un ni l'autre de ces instincts contraires, ils s'efforcent de les satisfaire à la fois tous les deux. Ils imaginent un pouvoir unique, tutélaire, tout-puissant, mais élu par les citoyens. Ils combinent la centralisation et la souveraineté du peuple. Cela leur donne quelque relâche. Ils se consolent d'être en tutelle, en songeant qu'ils ont eux mêmes choisi leurs tuteurs. Chaque individu souffre qu'on l'attache, parce qu'il voit que ce n'est pas un homme ni une classe, mais le peuple lui-même, qui tient le bout de la chaîne.
Dans ce système, les citoyens sortent un moment de la dépendance pour indiquer leur maître, et y rentrent.
II y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point. La nature du maître m'importe bien moins que l'obéissance.
Je ne nierai pas cependant qu'une constitution semblable ne soit infiniment préférable à celle qui, après avoir concentre tous les pouvoirs, les déposerait dans les mains d'un homme ou d'un corps irresponsable. De toutes les différentes formes que le despotisme démocratique pourrait prendre, celle-ci serait assurément la pire.
Lorsque le souverain est électif ou surveillé de près par une législature réellement élective et indépendante, l'oppression qu'il fait subir aux individus est quelquefois plus grande; mais elle est toujours moins dégradante parce que chaque citoyen, alors qu'on le gêne et qu'on le réduit à l'impuissance, peut encore se figurer qu'en obéissant il ne se soumet qu'à lui-même, et que c'est à l'une de ses volontés qu'il sacrifie toutes les autres.
Je comprends également que, quand le souverain représente la nation et dépend d'elle, les forces et les droits qu'on enlève à chaque citoyen ne servent pas seulement au chef de l'Etat, mais profitent à l'Etat lui même, et que les particuliers retirent quelque fruit du sacrifice qu'ils ont fait au public de leur indépendance.
Créer une représentation nationale dans un pays très centralisé, c'est donc diminuer le mal que l'extrême centralisation peut produire, mais ce n'est pas le détruire.
Je vois bien que, de cette manière, on conserve l'intervention individuelle dans les plus importantes affaires; mais on ne la supprime pas moins dans les petites et les particulières. L'on oublie que c'est surtout dans le détail qu'il est dangereux d'asservir les hommes. Je serais, pour ma part, porté à croire la liberté moins nécessaire dans les grandes choses que dans les moindres, si je pensais qu'on put jamais être assuré de l'une sans posséder l'autre.
La sujétion dans les petites affaires se manifeste tous les jours et se fait sentir indistinctement à tous les citoyens. Elle ne les désespère point; mais elle les contrarie sans cesse et elle les porte à renoncer à l'usage de leur volonté. Elle éteint peu à peu leur esprit et énerve leur âme, tandis que l'obéissance, qui n'est due que dans un petit nombre de circonstances très graves, mais très rares, ne montre la servitude que de loin en loin et ne la fait peser que sur certains hommes. En vain chargerez-vous ces mêmes citoyens, que vous avez rendus si dépendants du pouvoir central, de choisir de temps à autre les représentants de ce pouvoir; cet usage si important, mais si court et si rare, de leur libre arbitre, n'empêchera pas qu'ils ne perdent peu à peu la faculté de penser, de sentir et d'agir par eux-mêmes, et qu'ils ne tombent ainsi graduellement au-dessous du niveau de l'humanité.
J'ajoute qu'ils deviendront bientôt incapables d'exercer le grand et unique privilège qui leur reste. Les peuples démocratiques qui ont introduit la liberté dans la sphère politique, en même temps qu'ils accroissaient le despotisme dans la sphère administrative, ont été conduits à des singularités bien étranges. Faut-il mener les petites affaires où le simple bon sens peut suffire, ils estiment que les citoyens en sont incapables; s'agit-il du gouvernement de tout l'Etat, ils confient à ces citoyens d'immenses prérogatives; ils en font alternativement les jouets du souverain et ses maîtres, plus que des rois et moins que des hommes. Après avoir épuisé tous les différents systèmes d'élection, sans en trouver un qui leur convienne, ils s'étonnent et cherchent encore; comme si le mal qu'ils remarquent ne tenait pas a la constitution du pays bien plus qu'a celle du corps électoral.
Il est, en effet, difficile de concevoir comment des hommes qui ont entièrement renoncé à l'habitude de se diriger eux-mêmes pourraient réussir à bien choisir ceux qui doivent les conduire; et l'on ne fera point croire qu'un gouvernement libéral, énergique et sage, puisse jamais sortir des suffrages d'un peuple de serviteurs.
Une constitution qui serait républicaine par la tête, et ultra-monarchique dans toutes les autres parties, m'a toujours semblé un monstre éphémère. Les vices des gouvernants et l'imbécillité des gouvernés ne tarderaient pas à en amener la ruine; et le peuple, fatigué de ses représentants et de lui-même, créerait des institutions plus libres, ou retournerait bientôt s'étendre aux pieds d'un seul maître.
Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique (1840), vol II (Quatrième Partie, Chapitre VI)
Quelle espèce de despotisme les nations démocratique ont à craindre
Lorsque je songe aux petites passions des hommes de nos jours, à la mollesse de leurs moeurs, à l'étendue de leurs lumières, à la pureté de leur religion, à la douceur de leur morale, à leurs habitudes laborieuses et rangées, à la retenue qu'ils conservent presque tous dans le vice comme dans la vertu, je ne crains pas qu'ils rencontrent dans leurs chefs des tyrans, mais plutôt des tuteurs. Je pense donc que l'espèce d'oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l'a précédée dans le monde; nos contemporains ne sauraient en trouver l'image dans leurs souvenirs. Je cherche en vain moi-même une expression qui reproduise exactement l'idée que je m'en forme et la renferme; les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent point. La chose est nouvelle, il faut donc tacher de la définir, puisque je ne peux la nommer.
Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde: je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres: ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce humaine; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d'eux, mais il ne les voit pas; il les touche et ne les sent point; il n'existe qu'en lui-même et pour lui seul, et s'il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu'il n'a plus de patrie.
Au-dessus de ceux-la s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre?
C'est ainsi que tous les jours il rend moins utile et plus rare l'emploi du libre arbitre; qu'il renferme l'action de la volonté dans un plus petit espace, et dérobe peu a peu chaque citoyen jusqu'à l'usage de lui-même. L'égalité a préparé les hommes à toutes ces choses: elle les a disposés à les souffrir et souvent même à les regarder comme un bienfait.
Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l'avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière; il en couvre la surface d'un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige; il force rarement d'agir, mais il s'oppose sans cesse à ce qu'on agisse; il ne détruit point, il empêche de naître; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation a n'être plus qu'un troupeau d'animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger.
J'ai toujours cru que cette sorte de servitude, réglée, douce et paisible, dont je viens de faire le tableau, pourrait se combiner mieux qu'on ne l'imagine avec quelques unes des formes extérieures de la liberté, et qu'il ne lui serait pas impossible de s'établir a l'ombre même de la souveraineté du peuple.
Nos contemporains sont incessamment travaillés par deux passions ennemies: ils sentent le besoin d'être conduits et l'envie de rester libres. Ne pouvant détruire ni l'un ni l'autre de ces instincts contraires, ils s'efforcent de les satisfaire à la fois tous les deux. Ils imaginent un pouvoir unique, tutélaire, tout-puissant, mais élu par les citoyens. Ils combinent la centralisation et la souveraineté du peuple. Cela leur donne quelque relâche. Ils se consolent d'être en tutelle, en songeant qu'ils ont eux mêmes choisi leurs tuteurs. Chaque individu souffre qu'on l'attache, parce qu'il voit que ce n'est pas un homme ni une classe, mais le peuple lui-même, qui tient le bout de la chaîne.
Dans ce système, les citoyens sortent un moment de la dépendance pour indiquer leur maître, et y rentrent.
II y a, de nos jours, beaucoup de gens qui s'accommodent très aisément de cette espèce de compromis entre le despotisme administratif et la souveraineté du peuple, et qui pensent avoir assez garanti la liberté des individus, quand c'est au pouvoir national qu'ils la livrent. Cela ne me suffit point. La nature du maître m'importe bien moins que l'obéissance.
Je ne nierai pas cependant qu'une constitution semblable ne soit infiniment préférable à celle qui, après avoir concentre tous les pouvoirs, les déposerait dans les mains d'un homme ou d'un corps irresponsable. De toutes les différentes formes que le despotisme démocratique pourrait prendre, celle-ci serait assurément la pire.
Lorsque le souverain est électif ou surveillé de près par une législature réellement élective et indépendante, l'oppression qu'il fait subir aux individus est quelquefois plus grande; mais elle est toujours moins dégradante parce que chaque citoyen, alors qu'on le gêne et qu'on le réduit à l'impuissance, peut encore se figurer qu'en obéissant il ne se soumet qu'à lui-même, et que c'est à l'une de ses volontés qu'il sacrifie toutes les autres.
Je comprends également que, quand le souverain représente la nation et dépend d'elle, les forces et les droits qu'on enlève à chaque citoyen ne servent pas seulement au chef de l'Etat, mais profitent à l'Etat lui même, et que les particuliers retirent quelque fruit du sacrifice qu'ils ont fait au public de leur indépendance.
Créer une représentation nationale dans un pays très centralisé, c'est donc diminuer le mal que l'extrême centralisation peut produire, mais ce n'est pas le détruire.
Je vois bien que, de cette manière, on conserve l'intervention individuelle dans les plus importantes affaires; mais on ne la supprime pas moins dans les petites et les particulières. L'on oublie que c'est surtout dans le détail qu'il est dangereux d'asservir les hommes. Je serais, pour ma part, porté à croire la liberté moins nécessaire dans les grandes choses que dans les moindres, si je pensais qu'on put jamais être assuré de l'une sans posséder l'autre.
La sujétion dans les petites affaires se manifeste tous les jours et se fait sentir indistinctement à tous les citoyens. Elle ne les désespère point; mais elle les contrarie sans cesse et elle les porte à renoncer à l'usage de leur volonté. Elle éteint peu à peu leur esprit et énerve leur âme, tandis que l'obéissance, qui n'est due que dans un petit nombre de circonstances très graves, mais très rares, ne montre la servitude que de loin en loin et ne la fait peser que sur certains hommes. En vain chargerez-vous ces mêmes citoyens, que vous avez rendus si dépendants du pouvoir central, de choisir de temps à autre les représentants de ce pouvoir; cet usage si important, mais si court et si rare, de leur libre arbitre, n'empêchera pas qu'ils ne perdent peu à peu la faculté de penser, de sentir et d'agir par eux-mêmes, et qu'ils ne tombent ainsi graduellement au-dessous du niveau de l'humanité.
J'ajoute qu'ils deviendront bientôt incapables d'exercer le grand et unique privilège qui leur reste. Les peuples démocratiques qui ont introduit la liberté dans la sphère politique, en même temps qu'ils accroissaient le despotisme dans la sphère administrative, ont été conduits à des singularités bien étranges. Faut-il mener les petites affaires où le simple bon sens peut suffire, ils estiment que les citoyens en sont incapables; s'agit-il du gouvernement de tout l'Etat, ils confient à ces citoyens d'immenses prérogatives; ils en font alternativement les jouets du souverain et ses maîtres, plus que des rois et moins que des hommes. Après avoir épuisé tous les différents systèmes d'élection, sans en trouver un qui leur convienne, ils s'étonnent et cherchent encore; comme si le mal qu'ils remarquent ne tenait pas a la constitution du pays bien plus qu'a celle du corps électoral.
Il est, en effet, difficile de concevoir comment des hommes qui ont entièrement renoncé à l'habitude de se diriger eux-mêmes pourraient réussir à bien choisir ceux qui doivent les conduire; et l'on ne fera point croire qu'un gouvernement libéral, énergique et sage, puisse jamais sortir des suffrages d'un peuple de serviteurs.
Une constitution qui serait républicaine par la tête, et ultra-monarchique dans toutes les autres parties, m'a toujours semblé un monstre éphémère. Les vices des gouvernants et l'imbécillité des gouvernés ne tarderaient pas à en amener la ruine; et le peuple, fatigué de ses représentants et de lui-même, créerait des institutions plus libres, ou retournerait bientôt s'étendre aux pieds d'un seul maître.
Le monopole public de l'éducation
Dans un article paru le 26 février dans la Presse, la journaliste Émilie Côté faisait état des recherches de deux économistes académiques canadiens très connus (David Green et Craig Riddell, de UBC), sur la littératie des adultes canadiens. Leurs conclusions sont plutôt déprimantes :
"Les habiletés de lecture des jeunes Canadiens sont plus faibles que celles que leurs aînés avaient au même âge et au même niveau de scolarité, révèle une enquête rendue publique hier par Statistique Canada. Surtout chez les personnes les plus scolarisées."
Le système communiste a fini par imploser, victime de l'inefficience des monopoles d'État. Comment peut-on encore croire que le monopole public de l'éducation puisse apporter des résultats positifs ? À plusieurs endroits, des expériences ont démontré que rendre aux parents la liberté de décider de l'éducation de leurs enfants (du moins, en partie) est positif. La concurrence est TOUJOURS bonne ! Un exemple récent, en Suède, montre qu'on peut le faire asssez aisément. Aux États-Unis, l'expérience des Charter schools s'est avérée très positive pour les enfants.
Et la fameuse xième réforme de l'Éducation, dont personne ne semble vouloir, à part les bureaucrates du ministère, disparaîtrait bien vite si les écoles étaient libres et en concurrence les unes avec les autres.
"Les habiletés de lecture des jeunes Canadiens sont plus faibles que celles que leurs aînés avaient au même âge et au même niveau de scolarité, révèle une enquête rendue publique hier par Statistique Canada. Surtout chez les personnes les plus scolarisées."
Le système communiste a fini par imploser, victime de l'inefficience des monopoles d'État. Comment peut-on encore croire que le monopole public de l'éducation puisse apporter des résultats positifs ? À plusieurs endroits, des expériences ont démontré que rendre aux parents la liberté de décider de l'éducation de leurs enfants (du moins, en partie) est positif. La concurrence est TOUJOURS bonne ! Un exemple récent, en Suède, montre qu'on peut le faire asssez aisément. Aux États-Unis, l'expérience des Charter schools s'est avérée très positive pour les enfants.
Et la fameuse xième réforme de l'Éducation, dont personne ne semble vouloir, à part les bureaucrates du ministère, disparaîtrait bien vite si les écoles étaient libres et en concurrence les unes avec les autres.
jeudi 28 février 2008
Quelques suggestions de lectures sur la mondialisation
Des économistes écrivent quelques fois, entre deux articles académiques, des bouquins extrèmement intéressants et abordables sur les sujets qu'ils connaissent bien. Voici quelques suggestions de lectures estivales sur la mondialisation :
§Bahgwati, Jagdish, In Defense of Globalization, Oxford U. Press, 2004. Un livre abordable, écrit par un des meilleurs chercheurs en économie internationale.
§Fourçans, André, La mondialisation racontée à ma fille, Éditions du Seuil, 2007. Le plus simple à lire, écrit sous la forme d'une conversation entre un père et sa fille.
§Legrain, Philippe, Open World : The Truth About Globalization, Abacus, 2002. Excellent livre de l'ancien éditeur sur la mondialisation du magazine The Economist. Plein d'exemples concrets et d'entrevues.
§Legrain, Philippe, Immigrants : Your Country Needs Them, Little Brown, 2007. Legrain croit aux bienfaits de l'ouverture des frontières. Une défense intelligente.
§Norberg, Johan, Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste, Éditions St-Martin, 2003. Un vibrant plaidoyer en faveur du capitalisme, de la liberté et de l'ouverture.
§Roberts, Russell, The Choice: A Fable of Free Trade and Protection, Prentice Hall, 2006. Un roman éducatif : "David Ricardo comes to life to discuss international trade theory and policy with Ed Johnson, a fictional American television manufacturer seeking trade protection from television manufacturers. Their dialogue is a sophisticated, rigorous discussion of virtually every major issue in trade theory and policy. To illustrate the positive and normative effects of international trade and trade policy, Ricardo takes the reader and Ed Johnson into the future to see an America of free trade and an America of complete self-sufficiency. The fictional element brings these topics to life so that students gain the intuition and understanding of how trade changes the lives of people and the industries they work in. The fundamental intuition of how international markets function including general equilibrium effects and policy analysis is provided." (Amazon.ca)
§Wolf, Martin, Why Globalization Works, Yale U. Press, 2004. Le meilleur, à mon avis. De l'économiste en chef du Financial Times.
§Bahgwati, Jagdish, In Defense of Globalization, Oxford U. Press, 2004. Un livre abordable, écrit par un des meilleurs chercheurs en économie internationale.
§Fourçans, André, La mondialisation racontée à ma fille, Éditions du Seuil, 2007. Le plus simple à lire, écrit sous la forme d'une conversation entre un père et sa fille.
§Legrain, Philippe, Open World : The Truth About Globalization, Abacus, 2002. Excellent livre de l'ancien éditeur sur la mondialisation du magazine The Economist. Plein d'exemples concrets et d'entrevues.
§Legrain, Philippe, Immigrants : Your Country Needs Them, Little Brown, 2007. Legrain croit aux bienfaits de l'ouverture des frontières. Une défense intelligente.
§Norberg, Johan, Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste, Éditions St-Martin, 2003. Un vibrant plaidoyer en faveur du capitalisme, de la liberté et de l'ouverture.
§Roberts, Russell, The Choice: A Fable of Free Trade and Protection, Prentice Hall, 2006. Un roman éducatif : "David Ricardo comes to life to discuss international trade theory and policy with Ed Johnson, a fictional American television manufacturer seeking trade protection from television manufacturers. Their dialogue is a sophisticated, rigorous discussion of virtually every major issue in trade theory and policy. To illustrate the positive and normative effects of international trade and trade policy, Ricardo takes the reader and Ed Johnson into the future to see an America of free trade and an America of complete self-sufficiency. The fictional element brings these topics to life so that students gain the intuition and understanding of how trade changes the lives of people and the industries they work in. The fundamental intuition of how international markets function including general equilibrium effects and policy analysis is provided." (Amazon.ca)
§Wolf, Martin, Why Globalization Works, Yale U. Press, 2004. Le meilleur, à mon avis. De l'économiste en chef du Financial Times.
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